C'est un projet qui remonte déjà à quelques années puisque je l'ai mené en 2006/2007. Voici le compte rendu que j'en avais alors fait.

Depuis quatre ou cinq années je m’inscrivais dans les classes à PAC, l’envie de travailler autrement, le plaisir de rencontrer des artistes me poussaient cette année encore à en faire la demande.

Début juin nous recevons, dans les écoles un petit fascicule présentant les différentes actions mairie. Parmi d’autres se trouvait l’opération suivante « Adoptez un jardin », en partenariat avec la DRAC et l’inspection académique.

Rappel des objectifs et des contenus pédagogiques de la circulaire Ministère de l’Education Nationale DESCO A9 n°0085 du 7 avril 2003 :

« Cette opération, se déroulant sur l’année scolaire, doit offrir à l’enseignant et au responsable culturel volontaires un cadre de travail souple, fonctionnel et simple. Prenant appui sur un ensemble de visites programmées par l’enseignant, et en collaboration avec l’équipe d’encadrement du jardin sélectionné, les enfants sont d’abord conduits à aborder l’histoire, l’architecture, la composition, les essences du jardin choisi pour en comprendre l’intérêt social, environnemental, paysager et culturel et mieux s’approprier leur cadre de vie urbain et rural.

L’étude du jardin doit fournir de multiples occasions de mise en œuvre d’activités, d’observation, d’analyse et d’expression en relation avec les disciplines enseignées à l’école ou au collège, et solliciter l’intervention de spécialistes (jardinier, paysagiste, botaniste, architecte, urbaniste, archéologue), et éventuellement d’artistes (plasticien, chorégraphe, musicien,etc…).

Au cours des situations d’apprentissages proposées, les enfants sont amenés à produire des traces écrites (textes, schémas, dessins, herbiers, interviews, photos, comptes rendus, tableaux…) qui peuvent donner lieu à l’élaboration de productions diverses (créations artistiques, panneaux d’exposition, film vidéo, montage audiovisuel, dépliants…) destinés à faire connaître leur jardin à d’autres classes, dans et hors de l’école ou de l’établissement ainsi qu’à d’autres partenaires (parents, élus…). »

Non loin de mon école se trouve Le Jardin des Plantes.

 

La proximité avec un jardin est évidemment l’élément indispensable pour pouvoir travailler sur un projet de ce type. L’envie de travailler sur les jardins était là, mais « que faire », quel serait le fil conducteur, l’accroche ?

 

Avec les enfants nous allions travailler sur le jardin…mais lequel ? …celui que l’on admire…, celui qui nous nourrit…, celui qui nous enivre de ses parfums…, celui qui nous permet de fabriquer des teintes…, celui qui nous soigne…

 

Dans le Jardin des Plantes il y a « un carré des médicinales », à Rouen se trouve le musée Flaubert, musée de la médecine… dans notre classe il y a… un papa pharmacien ? Le voilà le fil conducteur !

 

A présent il faut « cibler » le sujet. Le numéro : L’amour des jardins, hors série de Télérama, et, en particulier l’article : Du bon usage des plantes nous met sur la piste : Nommé arum dragon ou serpentaire, cette plante a des tiges dont l’apparence rappelle la peau du serpent… la serpentaire fait partie de ces « plantes à signature » qui fut à l’origine « d’une médecine des similitudes »

 

Le musée Cluny, lors d’une visite en famille à Paris, entérine l’idée et m’offre la rencontre avec le grand Théophrastus Bombastus Von Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse. Selon cet alchimiste et médecin suisse du 16ième siècle, les plantes indiquent leurs vertus thérapeutiques par leur forme, leur couleur ou leur mode de vie.

 

Les lignes directrices du projet étaient là : permettre aux enfants de s’approprier différemment un lieu où ils vont jouer habituellement en les rendant acteurs d’une rencontre avec un aspect de l’histoire de la médicamentation.

 

La production envisagée serait une exposition photographique lors de l’opération nationale : « Rendez-vous aux jardins ».

Travaillant à mi-temps, la collègue partageant la classe avec moi, une classe de CM1 de 27 élèves, s’est tout de suite également investie dans le projet. Ensemble nous avons envisagé toutes les orientations du projet, les champs disciplinaires concernés, la transversalité étant de mise.

 Le travail a été conduit dans les matières suivantes :

 Français :

 *Expression orale : être à même de présenter à des camarades d’autres classes, aux parents, à des adultes inconnus le travail réalisé.

 *Littérature et expression écrite : confrontation avec des textes informatifs, narratifs, prise de notes, compte-rendu de visites, réalisation d’un cahier de jardin personnel mettant à la fois en évidence la chronologie des actions du jardinier, l’évolution du vivant, les impressions personnelles, réalisation de courriers destinés au personnel des espaces verts afin de demander une aide pour réaliser le jardin de l’école.

 Mathématiques :

 Mesure et résolution de problème appliquées à la réalisation du jardin de l’école : mesure des côtés de la parcelle, calcul du périmètre, estimation de l’aire avec un carré de 1 mètre carré, division de la parcelle en 7 groupes, calcul de la largeur des allées.

 Sciences :

 *L’étude du vivant : étude des plantes et des diverses façons d’obtenir une plante ( graine, bouture…), étude de la fécondation des plantes, étude des êtres vivants de la terre, cycle de vie de la plante.

 *Technologie

 Travail sur la lumière : comment réagit le papier photographique à la lumière : réalisation de photogrammes

 Travail sur les premières formes d’animation : le phénakistiscope

 Réalisation de jeux pour l’exposition de fin d’année et d’épouvantails

 Vivre ensemble :

 Travailler en groupes, respecter l’environnement

 Arts visuels :

 Travail photographique : réalisation d’un travail photographique permettant de montrer l’évolution des techniques « outils » de la photographie. Les enfants ont aussi bien utilisé le sténopé (boite noire des origines) que l’appareil photo numérique.

 Dessin : reproduction de plantes par le dessin (les cartes de jeu de 7 familles)

 Ce travail a favorisé l’autonomie des enfants ( chacun étant en charge d’un travail particulier), le soin ( travaux réalisés en vue d’une exposition), la capacité à organiser un atelier, s’en sentir responsable car on y accueille d’autres personnes que l’on ne connaît pas forcément.

 Quelle mise en œuvre ?

 Nous avons choisi 13 plantes ou arbres, tous aujourd’hui encore utilisés, mais pas forcément pour les maux soignés, à l’origine, dans la théorie des signatures.

 Les plantes sont les suivantes : la chélidoine, la menthe, la passiflore, la prêle, le coquelicot, le lierre, le pissenlit, le ginkgo biloba, le ginseng, le caféier, la vigne rouge, le colchique, le saule.

 Nous pouvions trouver toutes ces plantes, excepté le ginseng, au Jardin des Plantes, et, ce qui est le plus intéressant, toutes ne se trouvaient pas dans le carré des médicinales.

 Plusieurs visites richement commentées par une personne des espaces verts du Jardin des Plantes ont été organisées. Elles ont eu lieu à des moments de l’année différents afin d’observer l’évolution du jardin.

 Les enfants ont travaillé par groupe de deux pour présenter une plante. Ils ont présenté leur travail autour de cette plante au travers de cinq photographies :

 *un sténopé ne présentant pas les plantes mais le jardin. Nous nous sommes promenés avec la photographe dans le Jardin des Plantes et les enfants ont choisi ce qu’ils voulaient présenter du jardin : la Grande Serre construite au 19ième siècle, les paysages, les jeux pour enfants…

 Nous avons pris ces photos par une belle matinée ensoleillée de février. La chance nous a accompagnés car le soleil s’est montré généreux et la lumière a permis la réussite de très beaux clichés.

sténopé

*un photogramme qui pour la plupart des plantes expliquait l’étymologie de leur nom ou le surnom donné à celles-ci.

Le coquelicot tient son nom du coq. Les enfants travaillant sur cette plante se sont amusés à l’aide de divers matériaux (papier vitrail, verre) à représenter un coq.

photogramme coq

Le ginseng signifie « essence de la terre à forme humaine ». Les enfants ont pris de la terre à laquelle ils ont donné à la fois la forme de la racine (partie de la plante utilisée pour soigner) et d’un corps humain. Cette terre a été directement posée sur une plaque de verre transparente posée elle-même sur le papier photo.

 

Photogramme ginseng

*une série de deux photos numériques, l’une prise dans le Jardin des Plantes lors d’une visite en avril permettant de représenter la plante, l’autre reprenant la première photographie projetée à l’aide d’un vidéoprojecteur sur un écran blanc. L’un des enfants allait jouer avec cette représentation de la plante tandis que son camarade le reprenait en photo.

Ainsi un élève a joué avec les fleurs de la chélidoine présentes sur son foie et qui selon la théorie des signatures permettaient de soigner les problèmes biliaires.

Deux de ses camarades se sont « endormies » sur les fleurs du coquelicot qui servait effectivement à cet effet…

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*une photo numérique d’un élément présent dans le musée de la médecine : le Musée Flaubert

Les enfants ont réalisé des clichés, lors d’une visite guidée, d’un caducée, d’une boite de trépanation, de céramiques pharmaceutiques présentes dans l’apothicairerie…Je ne joins pas ces photos car le musée avait toléré la prise de photos dans un cadre strict et conserve un droit à l'image.

A partir de mars, les enfants, avec l’aide de ma collègue, ont réalisé un jardin dans l’école.

Ils ont pu ainsi retravailler sur les fonctions du jardin. Ils ont aussi bien planté des radis (dégustés, c’est bien le terme, en compagnie de notre photographe sur un morceau de pain-beurre…quel moment, disons le, savoureux.) que de la chélidoine, mais également des plantes en godet données par la mairie parce qu’elles étaient décidemment très jolies.

Les temps consacrés au jardin ont pour beaucoup échappé à des temps purement scolaires : mercredis, temps du midi, temps de récréation, de l’étude. Ils ont également échappé à notre regard : un groupe y allait, en autonomie, pendant que ses camarades étaient en classe.

Je ne me suis jamais autant promenée avec mon appareil photographique. « Venez-voir, maîtresse, il faut prendre en photo notre chélidoine, elle est magnifique ! ... Notre pissenlit, par contre, il ne reprend pas. »

Toutes ces photos, que nous avons prises, nous les avons utilisées dans les cahiers de jardin.

 

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Réalisation de l’exposition

 

En mai, tous nos efforts se sont concentrés sur le travail d’exposition qui devait avoir lieu le 1er juin soit dans notre école ou dans le jardin que nous avions adopté.

Au Jardin des Plantes nous avons eu la chance de pouvoir exposer dans l’orangerie, un espace très grand, complètement vitré, situé auprès de l’une des entrées du jardin mais couvert de terre battue (la poussière, a, elle aussi, été au rendez-vous ce jour là !)

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Nous devions réaliser une exposition, mais destinée à qui ? Nous avons convié les parents de la classe, les autres classes de notre école et d’une école voisine.

Ce jour-là nos élèves ont reçu neuf classes. Nous avons adopté deux stratégies de présentation différentes :

*Le matin, les enfants ont changé d’atelier chaque fois que nous recevions une nouvelle classe, ça a été très formateur pour eux mais ça a donné lieu à pas mal de cafouillage.

*L’après-midi chacun a choisi un atelier auquel il est resté, c’est sans doute moins formateur mais plus efficace lors d’une journée où il y a autant à faire et à penser.

Nous avions trois ateliers :

*un atelier- présentation de la théorie des signatures

*un atelier-présentation des cahiers du jardin, d’une grande frise murale montrant les différentes étapes de réalisation du jardin, des panneaux explicatifs sur la constitution d’une fleur…

Nous avions également quatre coins jeux :

*Le loto des odeurs

*Le coin des histoires (lecture d’histoires de la mythologie grecque expliquant l’origine du nom de certaines plantes : la menthe tient son nom de Minthé, jeune femme qui aurait subi les foudres de Perséphone parce qu’elle aurait trop attiré le regard du mari de cette dernière, Hadès). Les enfants écoutant l’histoire pouvait également observer les étapes de celle-ci représentées sur un phénakistiscope (une des premières formes d’animation) .

phénakistiscope

phénakistiscope 2 bis bis

*Le coin puzzle (plantes à reconstituer)

*Le coin jeu de sept familles (centré sur les plantes présentes dans le carré des médicinales et ce qu’elles permettent de soigner). L’une des enfants en charge de l’atelier nous a fait remarquer par la suite que le jeu était trop difficile pour les plus petits.

 Cette journée d’exposition ainsi que celles de préparation de l’exposition ont été très fatigantes. Il faut penser à toutes les contraintes matérielles, la mise en œuvre, la gestion du groupe classe…

L’implication des parents pour la réalisation de l’exposition a heureusement été très importante autant pour la préparation, que le jour même pour encadrer les groupes d’enfants et aider au démontage de l’exposition.

Les enfants ont tous trouvé leur place ce jour- là, chacun en fonction de ses aptitudes et de sa sensibilité, et, ce qui est étonnant, c’est que l’après-midi lorsque nous avons laissé les groupes se constituer et choisir leur atelier, j’aurais, par souci d’efficacité, pris des enfants de la classe jugés plus « responsables », s’exprimant bien et faisant preuve de sérieux pour le premier atelier de présentation afin de donner une « bonne première impression de cette exposition » , alors que le groupe s’est constitué tout autrement avec tout autant d’efficacité. Dans cette atelier le groupe était plutôt hétérogène et des enfants que je n’entendais pas forcément beaucoup en classe se sont révélés de « très bons orateurs et pédagogues ».

Avec ma collègue, nous nous sommes faites la réflexion que ce projet était bien celui des enfants, qu’ils y avaient trouvé leur place.

Les exigences de l’exposition ont posé un cadre dans lequel les enfants ont fait preuve de sérieux, de volonté, d’autonomie.

Ce travail avait du sens pour eux. Il s’inscrivait dans une réalité.

Le travail photographique a été réalisé avec Isabelle Lebon, une photographe passionnée! Nous avons eu beaucoup de chance de travailler avec elle.